Le “terrorisme chimique” en Syrie dans le plan d’intervention de l’Otan

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Malgré ses dénégations, l’Otan aurait déjà préparé les détails d’un plan d’intervention militaire en Syrie. Le spectre des armes chimiques syriennes, régulièrement brandi ces derniers temps, servirait de prétexte à une vaste opération. Mais dans ce projet, de nombreux paramètres restent inconnus, notamment celui d’al-Qaïda, de plus en plus présente au pays des Omeyades.
L’Otan continue d’évoquer le «danger» que constituent les armes chimiques en Syrie. Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a déclaré lors d’une visite au Koweït, le 11 décembre dernier, que l’Administration craint que «le gouvernement syrien n’ait recours à ce type d’armement contre ses opposants s’il sent qu’il est sur le point de s’effondrer».
Un rapport diplomatique, émanant d’un pays des Brics, estime que ces déclarations visent à préparer le terrain à une opération militaire qui serait couronnée par l’entrée des troupes de l’Otan en Syrie. Les Américains s’emploient à organiser des «fuites» sur l’intention de Damas d’utiliser les armes chimiques, en dépit des démentis du commandement syrien sur l’existence d’un tel plan.
Les conclusions de ce rapport rejoignent les informations publiées le 12 décembre dernier par le quotidien britannique The Independent sur une réunion organisée, il y a quelques semaines, par le chef d’état-major de Sa Majesté, le général David Richards, avec les commandants des armées française, turque, jordanienne, qatarie et émiratie, en présence d’un général américain. Les débats ont porté sur «la stratégie envisagée pour une intervention militaire en Syrie».
Israël ne veut plus d’Assad
Le rapport des Brics précise qu’Israël est la principale source de toute cette confusion et de ce tapage autour de la «question chimique» en Syrie. Les services israéliens n’ont de cesse de fournir aux capitales occidentales des informations sur «l’intention des autorités syriennes d’utiliser les armes chimiques contre leur propre peuple». Cette attitude israélienne coïncide avec un changement dans la position de l’Etat hébreu, qui a donné son feu vert pour l’installation des Frères musulmans, des salafistes et des wahhabites au pouvoir en Syrie, comme le souhaitent les Etats-Unis, les pays européens, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.
Le rapport en question avance trois raisons pour expliquer le changement stratégique intervenu dans la position israélienne à l’égard de la crise syrienne:
1-Les Israéliens savent que l’intervention militaire de l’Otan provoquera un changement de cap politique en Syrie. Ils pensent qu’en renversant le régime et en encerclant la Syrie par une ceinture de pays islamistes, allant du Maghreb à la Turquie, ils auront partiellement réglé leur problème avec l’Iran.
2-L’acceptation par Israël de l’établissement de cette ceinture, parrainée par les Etats-Unis, s’est accompagnée d’un engagement américain de protéger la sécurité stratégique d’Israël dans le Machreq arabe.
3-Les informations, véhiculées par Israël sur le transfert d’armes chimiques syriennes au Hezbollah, sont exploitées par le lobby pro-israélien pour exercer des pressions sur le Congrès et l’Administration US afin qu’ils s’emploient à obtenir le désarmement du parti et son exclusion du système politique libanais, en renversant le gouvernement de Najib Mikati.
La Jordanie dit non à Israël
Le rapport des Brics poursuit que le changement en Syrie doit avoir lieu au plus tard en 2014, et qu’il ne peut se produire qu’en fournissant aux rebelles syriens des armes capables de modifier en leur faveur l’équilibre des forces sur le terrain. Les Etats-Unis estiment que les circonstances sont propices à une intervention militaire en Syrie. Ceci explique les déclarations des ministres russe et égyptien des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov et Mohammad Kamel Amro, le 28 décembre à Moscou, sur le refus des deux pays de toute intervention militaire étrangère en Syrie.
Ces déclarations laissent penser que les préparatifs d’une telle intervention vont bon train. Le rapport mentionne un rôle actif des officiers des services de renseignements américains, occidentaux et turcs, dans les attaques menées récemment par les rebelles à Damas et dans sa province.
Le rapport fait état de l’intensification des efforts pour tenter de rationnaliser les activités militaires des groupes armés, à l’instar de ce qui s’est passé en Libye à la veille de la chute de Tripoli.
Il indique que des composants chimiques, peut-être du gaz sarin, auraient été transférés de Libye aux rebelles en Syrie. Le régime syrien sera alors accusé d’avoir utilisé de telles armes, ce qui servirait de prétexte au lancement d’une campagne de raids aériens contre les bases aériennes de l’armée syrienne afin de faciliter leur occupation par les groupes armés. Les sites de stockage des armes chimiques pourraient également être pris par les rebelles.
Les contours de ce plan de “terrorisme chimique” preparé par l’Otan, ont été publiés le 29 décembre dans le journal britannique The Jewish Chronicle, qui fait état de pourparlers entre Israël et la Jordanie pour la destruction de l’arsenal chimique syrien. Selon le journal, des responsables israéliens ont proposé à Amman de lancer des attaques, via la Jordanie, contre les bases d’armes chimiques syriennes. Mais le royaume hachémite aurait refusé ce plan, dont il ne voit pas l’utilité, surtout que la destruction des cibles, au nombre de 50, nécessite une opération militaire vaste et complexe.
Le rapport des Brics souligne, par ailleurs, que le spectre des armes chimiques syriennes a été soulevé à la conférence des amis de la Syrie, le 12 décembre à Marrakech, par le secrétaire britannique à la Défense et par le chef de la Coalition nationale syrienne, Ahmad Moaz el-Khatib.
Le principal handicap pour l’exécution de ce plan est l’extrême atomisation des groupes armés syriens, dont le nombre s’élève, selon le Guardian britannique du 29 décembre, à 1000, malgré les efforts déployés pour les regrouper dans un nombre réduit de structures. Ces groupes se livrent parfois à des combats fratricides pour le partage du butin et de l’aide financière qui provient des pays du Golfe.
Les services de renseignements occidentaux et arabes qui parrainent les groupes armés savent très bien que le risque est grand de voir les armes, fournies aux rebelles, tomber aux mains des mouvements proches d’al-Qaïda, comme le Front al-nosra, aujourd’hui le groupe armé le plus puissant et le plus efficace.
Le fait que cette organisation ait récemment été placée sur la liste américaine des organisations terroristes prouve que les Etats-Unis commencent à réaliser la gravité du danger qu’elle représente. Un danger qu’il faudra multiplier par cent si al-Nosra parvient à s’emparer d’une partie de l’arsenal chimique de l’armée syrienne.
Al-Nosra défendue par l’opposition
La décision des Etats-Unis d’inscrire le Front al-nosra sur la liste des organisations terroristes a été critiquée par l’opposition alliée à l’Occident. Ahmad Moaz el-Khatib, président de la Coalition nationale syrienne, a publiquement regretté la décision US.
Ahmad Tayfour, numéro 2 de la Confrérie des Frères musulmans en Syrie, en a fait de même. Il a qualifié de «prématuré» le fait d’avoir classé al-Nosra dans le registre des mouvements terroristes, «en raison du désordre qui règne dans le pays».
Ali Nassar
04 jan. 013
Source:
http://www.magazine.com.lb/index.php/fr/component/k2/item/2192-syrie-le-plan-d%E2%80%99intervention-de-l%E2%80%99otan-serait-pr%C3%AAt?issue_id=57

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